Pourquoi devez-vous vérifier le « fossé » d’une entreprise avant d’investir ?
Imaginez un château rempli de trésors. Sans murailles ou défenses, n’importe qui peut entrer et tout prendre. Pensez maintenant à une entreprise cotée comme ce château : ses futurs bénéfices sont son trésor, et le « fossé économique » ou moat est la barrière qui la protège de la concurrence, assurant la génération de trésorerie pendant des années.
Durant les années 80, Warren Buffett a beaucoup utilisé cette métaphore pour décrire les avantages concurrentiels qui permettent à une entreprise de résister aux assauts de ses rivales et de maintenir un rendement du capital investi important. Bien que le concept de barrière économique existe depuis plus longtemps, il a rendu le terme « moat » populaire en comparant ses points forts aux fossés médiévaux qui entouraient les châteaux.
Ce n’est pas quelque chose de magique : cela résulte d’éléments très matériels. Il peut s’agir d’une marque tellement ancrée que les consommateurs sont prêts à payer un surcoût, ou d’une protection apportée par un brevet ; cela peut également découler d’un processus de production si efficace qu’aucun concurrent ne parvient à égaler les coûts de fabrication. L’essentiel est que ces barrières structurelles obligent ceux qui souhaitent détourner les clients de l’entreprise à faire un effort supplémentaire en matière d’investissement ou de temps, réduisant ainsi leur volonté d’attaque, et préservant la rentabilité de ceux qui sont à l’intérieur du château.
La mesure de la solidité de ce fossé implique de se concentrer sur deux dimensions : l’ampleur de l’avantage et sa durée. En premier lieu, il est nécessaire de comparer le rendement du capital investi (ROIC) avec le coût pondéré de ce capital (WACC) ; la différence reflète la valeur supplémentaire créée par l’entreprise chaque année. Ensuite, une estimation du temps nécessaire pour maintenir cette différence au-dessus du coût du marché pour son financement est souhaitable. Une étude récente montre que les entreprises qualifiées de « fossé large » conservent généralement leur avantage pendant plus de 20 ans, alors que celles avec un fossé étroit atteignent difficilement deux décennies.
Pourquoi est-ce si important ? Parce que les entreprises capables de réinvestir leurs bénéfices à des rendements élevés pendant de longues périodes ont tendance à multiplier leur valeur de manière exponentielle. De même que l’eau d’un fossé médiéval se convertit en un obstacle presque infranchissable, les clients et les concurrents finissent par renoncer s’ils perçoivent qu’un changement de fournisseur leur coûtera plus que ce qu’ils gagnent avec l’opération. Cette résistance au changement favorise la prédictibilité des flux de trésorerie, réduit la volatilité des résultats et renforce la position commerciale de l’entreprise sur le long terme.
Les géants des moyens de paiement sont un exemple de fossé basé sur l’effet réseau : plus les utilisateurs et les commerçants acceptent leurs cartes, plus les deux parties apportent de la valeur et plus il est difficile pour un nouveau participant de capter une part du marché. De leur côté, les sociétés de logiciels pour entreprises profitent de frais de remplacement élevés : migrer sur une autre plateforme implique un déploiement pouvant durer des mois et nécessiter des formations, intégrations et migrations de données, ce qui dissuade le client de changer même si l’offre est plus économique.
Cela signifie-t-il que toutes les entreprises avec un fossé large représentent un investissement sûr ? Pas forcément. Une mauvaise gestion du capital ou de mauvaises décisions stratégiques peuvent provoquer une réduction de la largeur ou de la profondeur du fossé, bien qu’il paraisse solide. C’est pourquoi, en plus de l’analyse de l’avantage concurrentiel, il est nécessaire d’étudier la capacité de l’équipe de direction à attribuer des ressources, se défendre face à des innovations disruptives et adapter la stratégie aux changements de l’environnement.
En conclusion, étudier le fossé économique avant d’acheter une action revient à examiner la muraille et l’eau qui entoure ce château d’investissement. Il ne suffit pas que le trésor soit précieux, il est essentiel qu’il existe une défense structurelle empêchant que les rivaux ne détournent vos futurs bénéfices. Plus le fossé est large et profond, plus il est probable que vous puissiez construire un portefeuille résistant, capable de croître de manière constante et de survivre aux assauts de la concurrence.
Diari d’Andorra, 09.07.25