En microéconomie, l’élasticité n’a rien à voir avec les positions d’un cours de Pilates. Non. Dans ce contexte, l’élasticité est un indicateur qui révèle combien peut varier une chose (comme la quantité demandée d’un bien), à cause d’une autre modification (son prix, le revenu du consommateur ou le prix d’un produit associé). Autrement dit, ce terme fait référence à la sensibilité, voire à l’hypersensibilité, des agents économiques face à certains stimulants.
La plus connue est l’élasticité-prix de la demande. Ce trésor sémantique est employé lorsque la quantité demandée d’un bien varie si son prix est modifié. Si le prix de la pomme de terre augmente et que les gens la boudent et n’en achètent plus, nous dirons que la demande est élastique. En revanche, si le prix de ce tubercule augmente et que les gens continuent de l’acheter, la demande est inélastique.
Vous vous demanderez comment cette merveille est calculée… C’est très simple ! À l’aide d’une formule :

Si le résultat est supérieur à 1, la demande est élastique (très changeante). S’il est inférieur à 1, elle est inélastique (peu de variation). Si ce résultat est égal à 1, il s’agit d’une demande unitaire élastique, qui ne suscite aucun intérêt, mais que nous autres économistes aimons mentionner pour qu’elle ne se sente pas exclue !
Quelle est son importance ? Disons que cela affecte directement les revenus. Si vous avez un produit dont la demande est inélastique (comme l’essence), vous pouvez augmenter son prix et gagner d’avantage. En revanche, si vous vendez des glaces sur la plage et que vous « gonflez » les prix, vous pourriez bien finir la journée avec des cornets fondus et zéro bénéfices.
Il existe d’autres types en plus de l’élasticité-prix de la demande. L’élasticité-prix de l’offre par exemple, qui révèle comment les producteurs réagissent face aux variations des prix. Si le prix augmente et que les producteurs se mettent à produire comme des fous, l’offre devient élastique. Si les producteurs restent imperturbables, l’offre est inélastique. Sans oublier l’élasticité-revenu de la demande, qui indique la variation de la demande lorsque les revenus varient. Si vous gagnez plus et que vous achetez plus de sushis, ce bien est normal et présente une élasticité positive. Si vous gagnez plus et que vous cessez d’acheter des nouilles instantanées, ce bien est inférieur (et vos papilles plus heureuses !).
Nous pouvons même parler d’élasticité croisée, qui analyse comment la demande d’un bien varie lorsque le prix d’un autre bien varie aussi. Si le prix du café augmente et que la demande de thé est à la hausse, ces deux biens sont dits de substitution. Si le prix des imprimantes augmente et que la demande de cartouches d’encre chute, ces biens sont complémentaires. Et si rien ne change, c’est qu’ils n’étaient peut-être pas associés, ou bien… que le consommateur ne sait plus où donner de la tête !
Petite précision pour les curieux : l’élasticité est un outil utile mais dérivé du comportement humain, lequel reste véritablement le facteur le plus important. Le choix individuel, subjectif et contextuel, est le véritable moteur. L’élasticité nous donne des pistes mais elle ne peut en aucun cas remplacer l’opinion et le bon sens des agents sur le marché. Et même si cela ressemble à des mathématiques pures, il s’agit fondamentalement de décisions, de souhaits et de priorités. Et cela en dit long sur nous.
Un exemple : imaginez que le prix de la baguette augmente. Selon la théorie conventionnelle, si la demande baisse considérablement, nous dirons qu’elle est élastique. Mais si vous faites preuve d’esprit critique, vous vous demanderez : pour quelle raison les gens cessent-ils d’acheter du pain ? S’agit-il d’un changement dans leurs préférences ? Ont-ils succombé au régime sans gluten ? Ont-ils peur de l’inflation ? Un TikTok devenu viral recommande le jeûne intermittent ? L’élasticité révèle le « quoi » mais pas le « pourquoi ». Or, c’est ce « pourquoi » qui est vraiment important pour comprendre l’économie comme une science de l’action humaine. L’élasticité n’agit pas, ne choisit pas, ne rêve pas de vacances à la plage. Mais les personnes si ! Nous pouvons donc affirmer que oui, l’élasticité est utile, mais à prendre avec des pincettes. Ce n’est pas l’oracle de Delphes ! Plutôt une lanterne qui illumine une partie du chemin.

Diari d’Andorra 14.05.2025